MAUD’AMOUR – PERFORMEUSE BURLESQUE


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De son vrai nom, Maud Chartier, Maud’Amour est une danseuse évoluant dans le monde du burlesque depuis plus de 5 ans. Elle qui fait le tour de la France pour performer, elle est la digne descendante électrique du célèbre personnage de dessin animé Jessica Rabbit. Outre leur chevelure de feu, elles sont toutes deux des créatures intemporelles ayant la faculté de nous laisser pantois, tel le loup de Tex Avery, les yeux exorbités et la mâchoire sur le sol, grâce à leur charme hors du commun et leur silhouette voluptueusement dessinée, mais à la différence, que l’énergie de Maud ferait sursauter une momie hors de son sarcophage tant l’embrasement d’une fougue tornadesque jaillirait de ses danses endiablées.

Cedric Canezza : D’où viens-tu ?

M.A. : Paris !

C.C. : Que voulais tu faire étant petite ?

M.A. : J’ai toujours voulu être danseuse. Mon rêve était de faire de la scène et de bosser avec Kamel Ouali (rires), de faire des comédies musicales. Et oui, je fais partie de la génération Star Academy.

C.C. : Quel a été ton parcours ?

M.A. : J’ai eu un cursus normal, j’ai passé mon bac un peu comme tout le monde. Puis je suis parti à l’A.I.D., l’Académie International de Danse. Là, j’y ai appris la danse, le chant, le théatre, c’est une école situé dans le 16eme arrondissement de Paris avec des annexes à la cité Véron proche du Moulin Rouge. On faisait 8 heures de danse par jour.

Par contre, on m’a vite fait comprendre, à la vue de mon corps pulpeux que je n’étais pas faite pour ce milieu, que ce soit pour intégrer un corps de ballet, dans le milieu classique ou bien pour jouer dans des comédies musicales. On m’a dit que cela allait être très difficile d’intégrer un groupe et qu’il fallait que je sois soliste. À 17 ans j’en ai beaucoup souffert.

Mais j’ai passé un E.A.T. de Jazz, un Examen d’Aptitude Technique. Et c’est alors qu’une de mes profs m’a parlé du milieu du Burlesque, en me conseillant de suivre cette voie. C’est la première fois que j’entendais ce mot.

Première chose que je fais en revenant de chez moi, je surfe sur internet. Et c’est alors que je tombe sur des vidéos de Dita Von Teese. Bien évidemment c’était la plus connue et elle était en plein essor. C’est alors que j’ai vu tout ce qui me plaisait réunie dans cette activité. Caril y avait de la danse, du théatre, de l’humour, des performances, parfois du chant… Et en plus tu pouvais exprimer une féminité exacerbée et c’est ce qui m’a plu.

C.C. : Et comment s’est passé ta première performance ?

M.A. : Très bien. J’ai été lancé par un américain, performeur lui aussi, Brian Scott Bagley, qui est maintenant au Crazy Horse. Cela s’est fait en 2 semaines après qu’on se soit rencontrés grâce à des amis communs. Et donc me première scène, ça s’est fait comme ça à L’Étage, boulevard du Temple.

C.C. : Afin de mieux comprendre ce qu’est le Burlesque, peux-tu nous en dire un peu plus sur ce domaine artistique ?

M.A. : Le Burlesque c’est ce qu’on appelle plus communément, « L’Art de l’Effeuillage ». C’est du strip tease, glamour, sensuel, drôle, poétique, sans jamais tomber dans le vulgaire.

C.C. : Comment définis-tu ton style de Burlesque ?

M.A. : Mon univers se situe entre le burlesque classique car j’ai un corps sans tatouage, sans piercing ou transformation, comme on peut voir dans le néo-burlesque. J’ai une silhouette assez pin-up des années 40, mais je ne me considère pas comme un visuel qui suscite du désir. J’ai aussi envie de faire rire, et de faire passer des messages. Du coup je me situe entre le néo et le classique.

C.C. : Tu fais quelque chose en parallèle ?

M.A. : J’exerce mon métier de comédienne. Je viens de terminer une pièce de théâtre où je jouais le rôle d’une thérapeute, dans la pièce « Les Mangeuses de Chocolat ». J’ai aussi joué dans la série Dix Pour Cent au côté de François Berleand et Camille Cottin.

C.C. : Est-ce que tu as une manière particulière de pratiquer ton activité de performeuse ? Est-ce une manière de se rebeller par rapport à ta condition féminine ? Y vois-tu un message d’émancipation par exemple ?

M.A. : Comme avec la danse, depuis longtemps j’ai été brimée par rapport à mon corps, on me disait, il faut que tu sois comme ça, et c’est vrai que le burlesque m’a permis de me libérer. Dorénavant je m’accepte telle que je suis et ainsi j’ai le pouvoir de m’exprimer et de transmettre des choses. Du coup, comme j’ai un corps hors des normes, j’ai beaucoup de femmes à la fin des shows qui viennent me voir pour me remercier. Elles sont ravies de voir une femme qui s’assume.

De toutes façons, du moment où tu arrives dans le burlesque et que tu prends le parti de te désaper, de montrer qui tu es, même si c’est un personnage, c’est déjà un acte de révolte.

C.C. : Tu conseillerais à une femme qui a des complexes de se lancer dans le burlesque afin de mieux se sentir dans sa peau ?

M.A. : Justement, je vais commencer à proposer des stages qui vont s’appeler « Découvrir sa féminité ». Je serai accompagnée de Soraya Melter, elle est psychologue énergéticienne. Je l’ai rencontrée lors de son enterrement de vie de jeune fille alors que j’y donnais un cours d’effeuillage. Elle est spécialisée dans le féminin sacré, le « toucher en Conscience » avec ses ateliers « OFéminin », et elle a plusieurs séminaires à son actif d’ailleurs. Et elle m’a demandé si le burlesque n’était pas une forme de thérapie pour celles qui sont mal dans leur peau. Alors je lui ai dit que je n’étais pas sûr que de faire de la scène résout les choses. Cela n’apporte rien que d’autres personnes vous regardent et vous jugent. Par contre le Burlesque en cours, en studio, se poser des questions sur sa féminité et sur son corps, cela intervient dans sa recherche personnelle et lorsqu’un professeur nous donne les clefs à notre accomplissement, nous ne pouvons que nous sentir mieux.

C.C. : Et qu’est-ce qui fait de toi une artiste burlesque à part ?

M.A. : Sans hésiter : mon énergie ! Dès que je suis arrivée dans le milieu à 21 ans on m’a dit « Mais que se passe t’il ? ». J’envoyais dans tous les sens, cha, cha, coup de cheveux, c’est parti ! Peu de gens avait déjà vu ça sur la scène parisienne. Mon modèle d’ailleurs pour cela, c’est Perle Noire.

C.C : Est-ce que tu aurais une anecdote plutôt honteuse qui te serait arrivée lors d’un spectacle ?

M.A. : Ho, parfois on se dit surtout que le spectacle démarre dans les loges, entre performeuses lorsqu’on se prépare. On y parle beaucoup de cul et il s’y passe beaucoup de choses. D’ailleurs, une idée géniale serait que les loges soient ouvertes sur la scène. On est parfois très graveleuses. Et le contraste entre le moment où on arrive sur scène et qu’on doit, d’un coup, vendre du rêve est souvent très amusant.

Sinon, j’ai eu un léger accident sur scène une fois. Je performais à Lyon. A la fin de mon show je verse du champagne sur moi. Et pendant tout mon numéro, j’ai l’habitude de teaser un mec à fond. C’est donc ce que je fais ce jour-là, avec un mec du premier rang, juste à côté de l’escalier pour descendre dans la salle. Et donc, je finis le numéro en me versant du champagne comme d’habitude, j’en garde un peu pour aller lui servir le reste dans son verre, à la fin du numéro. Je m’approche de lui, grosse démarche, cheveux au vent, et là, je loupe la marche. Je me retrouve les quatre fers en l’air. Évidemment, je me sens un peu mal. Mais je me relève, les bras en l’air, genre ça fait partie du show. J’avais perdu un nippies dans la chute, alors je retire  le deuxième. Le mec se rue vers moi afin de voir si tout allait bien. Heureusement je ne me suis pas faite mal…

C.C. : Et sinon jamais il n’y a eu de personnes qui ont essayé de profiter de toi en mélangeant le show et la personne qui a derrière la performeuse ?

M.A. : Cela dépend des mecs et paradoxalement ceux qui viennent voir le spectacle, ils restent très respectueux. Lorsqu’ils te voient sur scène, ils n’osent pas venir ensuite faire les kékés, ou même te draguer, certainement dû à la distance qui se crée pendant le spectacle. Ceux qui veulent en profiter par contre (pas tout le temps je te rassure), ce sont ceux qui t’embauchent, les patrons de boite ou producteurs de spectacles. Ils sentent qu’ils ont un peu de pouvoir sur toi, ils ont la main sur ta paye, et donc, parfois, ils font des remarques graveleuses, ont parfois des gestes déplacés et très souvent lorsque tu ne réagis pas dans leur sens, te font mauvaise presse ou bien mettent du temps à te payer. T’as toujours des mecs un peu foireux qui te prennent pour une strip-teaseuse et qui te voient comme du business, et ne respecte pas tout le travail qu’il peut y avoir derrière entre les costumes, les chorégraphies, l’écriture, l’entretien du corps… Et le vrai cabaret où ils te paient en cachet pour ta prestation comme cela devrait se faire partout, c’est devenu hyper rare.

Justement, on est en train de monter un groupe avec Mathilde (Miss Glitter Painkiller) et d’autres performeuses, afin de préserver cet art qui est le Burlesque, qu’on s’alignent toutes et tous sur les mêmes tarifs. Il existe trop de shows (surtout sur Paris) dans lesquels les artistes ne sont pas assez payés. Alors, dans certains shows c’est génial, c’est super beau, il y a beaucoup d’artistes, mais ils sont tous payés au lance pierre. Alors sous couvert que cela fait bien sur ton C.V., on va te payer 70 euro pour un show alors que ton costume en vaut 2000 ? Comment on fait ?

C.C. : Et sinon lorsque finit ta soirée ou bien que tu ne travailles pas, que fais-tu pour te détendre ?

M.A. : En dehors des restos avec mes potes et boire des verres, où là je me détends vraiment, et bien je fais un bon sport de bobo comme le pilate (rires). Et de la piscine. J’ai un corps de rêêêêve, ça s’entretient (rires).

C.C. : Et sinon la question ultime ! Quelle est ta phrase préférée, celle qu’on pourra inscrire sur ton épitaphe ?

M.A. : Dans les backstages avec mes amies performeuses et performeurs, je répète souvent une phrase de mon idole « Perle Noire », que je disais dans une pièce de théatre où je jouais justement une danseuse burlesque très diva. Il faut donc dire cette phrase avec un gros accent snob et c’est : « Je suis une magnifique imperfection ! ». Parfois, avant de monter sur scène, cela motive !

Photos et propos recueillis par Cedric Canezza
Merci au Dr Luppin, 1 rue Frochot, Paris 9e, de nous avoir accueilli pour l’interview.