JEFF DE TEALER – Fondateur et créateur avec son associé Alex de la marque Tealer


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Issu de la scène musicale, anciennement dj pour la Sexion d’Assaut, Jeff a vécu un véritable tournant dans sa vie en se dirigeant vers la mode. Aujourd’hui il habille les jeunes parisiens à travers ses créations phares aux nombreux succès. Motivé, positif et ambitieux, il a aujourd’hui l’existence dont il rêvait, à force de persévérance ! Après sa griffe Tealer, il nous présente DayOff, et Afterdrop, ses deux nouveaux-nés. Laissez-vous guider par cet entretien passionnant et généreux.

Cédric Canezza : Bonjour Jeff ! Alors tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : nom, âge, profession ?

Jeff Tealer : On m’appelle Jeff Tealer. Je suis un des deux fondateurs de la marque de streetwear française Tealer. J’ai 31 ans, mon nom de famille est Sananes. Quand j’étais petit, je voulais devenir pilote d’avion ! Puis après une période de doute j’ai fait un BEP de vente mais ce n’était pas spécialement mon truc… Comme j’ai un bon relationnel on m’y a orienté, mais cela ne me faisait pas vibrer… Avec l’arrivée des réseaux sociaux, depuis MySpace vers 2007, mais surtout avec Facebook, j’ai tout de suite voulu m’en servir en me disant que ça m’aiderait à communiquer et à développer mes idées et mes passions.

C.C : Quel a été ton parcours jusque-là ?

J.T : J’ai commencé par la musique. Dj, je partais à Londres, à Barcelone pour mixer, sous plusieurs pseudos. Pendant cinq ans, j’ai été le Dj de la Sexion d’Assaut. Je les ai quittés avant l’album « L’écrasement de tête » de 2009. On se connait depuis l’enfance, ils étaient ultra motivés, ils ont su réussir et ils aimaient ce qu’ils faisaient. Au bout d’un moment, ensemble, ça ne collait plus. Je ne me voyais pas être toute ma vie leur Dj. Les mois qui ont suivi, j’ai regretté car ils ont explosé ! Mais j’avais pris ma décision, continuer seul et libre. J’ai donc lancé mon blog « La Droguerie Moderne », devenu un bar. J’écrivais sur tout ce qui me plaisait, street culture, musique, mode… J’ai rencontré plein de gens pour la suite avec Tealer, dont Alex mon ami et moitié dans ce duo.

C.C : Justement, comment s’est passée ta rencontre avec Alex ?

 J.T : Alex était déjà dans le textile dans le Sentier depuis longtemps. On a tout de suite accroché, lui aussi était fan de réseaux sociaux, on s’amusait à créer des fake news pour générer beaucoup de trafics sur des sites web, on se marrait bien ! Moi j’avais l’expérience de la musique, mais avec le téléchargement illégal je n’y voyais plus vraiment d’avenir. Je voulais du concret, de la matière, un produit de consommation dans le textile. J’avais envie de m’investir à fond, de bien réussir et de m’enrichir dans un domaine.

C.C : Et comment s’est passée la suite de recherche créative avec Alex ?

J.T : Un jour, le concept Tealer est arrivé sur la table. « Tealer » est inspiré de « Dealer de T-shirts ». Sur les réseaux sociaux, on a lancé un numéro de téléphone à Paris et je livrais à domicile les t-shirts de la marque aux gens qui m’appelaient. Comme une livraison de drogue, mais en mode streetwear ! Et puis le Konbini de l’époque nous a contacté. Je ne savais pas encore que c’était un dénicheur de talents. Je suis arrivé, j’ai fait mon speech et ils ont kiffé, alors on a eu un article. A partir de là, le téléphone n’arrêtait pas de sonner, on avait un max de livraisons à faire !

C.C : Et avant que Konbini vous contacte, par quels moyens faisiez-vous votre pub ?

J.T : Juste par une page Facebook et pour pourvoir voir la collection de t-shirts, tout fonctionnait par le bouche à oreille. On a été une grosse équipe dès le début car je vivais dans une grande baraque avec 8 colocataires qui parlaient beaucoup de mon business autour d’eux !

C.C : Et après le succès Konbini, qu’avez-vous fait pour vous agrandir ?

J.T : On a quitté la coloc’ avec Alex et on a pris un local rue d’Alexandrie dans le 2e. On louait le sous-sol d’une boutique comme bureau et stock. Toujours sans site web, on contactait tous les skate shops et on leur envoyait le lien vers notre page Facebook. Il y avait une dizaine de t-shirts, et en très peu de temps une vingtaine de shops proposaient nos produits.

C.C : Mais vous étiez déjà connus dans le monde du skate, de la musique ?

J.T : Oui, je pensais à nos potes Djs, ou rappeurs pour la recherche de shops. Grâce au placement de nos produits, on faisait la pub des boutiques alors ça les intéressait de bosser avec nous. C’était enfin le début du concret !
Au bout d’un an, on a lancé le site Internet ! Dès lors on a passé des nuits à travailler, je dormais dans le sous-sol du shop de la rue d’Alexandrie. On avait trop de commandes ! Les sept premiers mois ont été un peu à l’arrache, puis on a mis tout au carré, repris le reste de la boutique… Tealer est maintenant devenu un vrai fond de commerce.

C.C : Depuis combien de temps est-ce que c’est du sérieux ?

J.T : La marque a eu six ans, et on s’est installé dans le 2e depuis quatre ou cinq ans. On a jamais dépensé de l’argent qu’on n’avait pas. Ce sont les ventes de nos produits qui nous ont permis de nous développer petit à petit.

C.C : C’est très rare comme business plan !

J.T : On ne le savait pas ! Maintenant, on réalise. Si c’était à refaire on le referait. On a beaucoup appris sur le tas, il y a eu des hauts et des bas mais on était sur-motivé. C’est notre force maintenant, on a réussi à garder la tête froide. Parti avec 50 euros chacun, on est fier de notre réussite d’équipe !

C.C : Et pour la suite, vous avez déjà des projets précis ?

J.T :  Oui on aimerait se developper a l’international, d’ailleurs on lance un site pour les Etats-Unis « Tealer Usa » et pourquoi pas ouvrir d’autres boutiques Tealer. J’aimerais bien aussi construire un projet dans la food.

C.C : Parles-nous un peu de tes « influenceurs », des personnes qui t’ont inspiré ?

J.T : Des gens de la vie quotidienne ! Notre clientèle est fidèle car les gens sentent notre démarche sincère, la proximité, … On a reçu un véritable soutien du projet passant par l’achat des t-shirts. Beaucoup de personnes croyaient en nous. On a une grosse « communauté» maintenant !

C.C : Comment voyez-vous l’avenir ?

J.T :  Dans un futur proche mon avenir serait de devenir Papa, après au niveau du business je pense qu’il y’a encore pleins de choses à faire, nous ne sommes qu’au début de notre aventure, comme je te l’ai dit avant, on pense beaucoup au développement à l’international. Ce serait un gros cap à passer qui demanderait beaucoup de travail et de process mais ça nous permettrait de grandir et de se professionnaliser.

C.C : Alors parles-nous de tes nouveaux concept-stores !

J.T : On a donc ouvert une autre entité, « DayOff », un skateshop à République. Pas de grosse com’ sur Facebook, on laisse les gens s’y rendre par eux-mêmes. Notre associé, Redah sur ce shop, skate depuis 1988 sur la place de la République ! Il méritait d’y avoir une boutique !  Cela a bien pris, et au bout d’un an, une collab’ avec Converse a pu être réalisée ! Avec Tealer, on a bossé avec Nike, on leur amenait des concepts comme une agence, mais sans plus.
Je suis content, même si ça arrive avec une de nos autres marques. L’image rebelle de Tealer autour de la weed ne plaît pas à tout le monde, avec DayOff on peut faire des choses différentes.

C.C : Justement, quel est ton rôle précis ? Tu t’occupes de lancer des idées ?

J.T : Disons que je suis le visage de Tealer, et sur le papier je suis Directeur Créatif. J’ai une idée, j’en parle à Alex mon associé mais pour tout vous dire on n’est jamais d’accord lui et moi. Cependant chacun rapporte son lot d’idées qu’elles soient bonnes ou mauvaises ! On y trouve un compromis pour tous les goûts ! Ensuite je transfère le projet à mon Directeur Artistique qui va trouver la juste interprétation pour Tealer. Je m’occupe aussi des partenariats, des relations presse, d’Instagram. Je suis central au niveau de la communication et Alex au niveau du business, des comptes, du développement.

C.C : Et sur le concept de « Tealer » inspiré de « Dealer » (de weed), vous étiez d’accord ?

J.T : Non, pas exactement mais on a tous les deux mis de l’eau dans notre vin, c’est comme dans un couple où il faut faire des compromis et sans confiance on n’en serait pas là. 6 ans de Tealer, et 10 ans que nous nous connaissons. On est une famille, on part en vacances ensemble. Nos copines ne comprennent pas ! Mais moi, ça me plaît.

C.C : Et toi, dans l’équipe tu te sens plus businessman ou créateur ?

J.T : Franchement je ne sais pas trop. Je ne suis pas du tout créateur mais ça m’arrive d’avoir de bonnes idées et je ne suis pas businessman mais ça m’arrive de faire des bons deals. Je ne suis pas issu du milieu de la mode, mais j’ai appris avec les expériences. J’ai des idées et j’essaye de les interpréter sur mes t-shirts. Pour la coupe du Monde, on a un projet cool, de revival de maillots de différentes équipes. L’an dernier, pour la coupe d’Europe, on a ressorti en t-shirt le maillot de 1998 et ça a cartonné, un chroniqueur de TPMP l’a porté, il l’a tweeté et ça a pris une grosse ampleur ! Ils ont donné le nom de la marque le lendemain en direct grâce à ce top tweet.

C.C : Justement, vous n’avez jamais de problème de copyright en faisant du détournement ?

J.T : On en a eu, mais à l’ère d’internet, le copyright doit évoluer. Je trouve ça très cool de pouvoir détourner un truc qui existe déjà. De l’associer à des images différentes.

C.C : Il y a des petits sachets douteux au sous-sol. Qu’est-ce que c’est ?!

J.T : C’est du chocolat en forme de tête de skunk ! Quand on a lancé le produit j’ai cherché à savoir qui fumait de la weed dans toutes les rédacs. On a envoyé un gars habillé comme un livreur de weed donner ce pochon à cette personne à son bureau ! Les gens étaient super mal à l’aise, quelle blague ! On leur a ensuite donné une clé USB qui leur expliquait le coup de pub autour du chocolat. J’aimerais aussi faire des céréales en forme de beuh. Ce sont des petits pieds-de-nez qu’on aime avec Tealer. Des idées qui fusent qu’on essaye de mettre en place. C’est le nerf de la guerre.

C.C : Et vous n’avez jamais eu de problèmes avec les flics ?

J.T : Si, on a déjà eu des descentes au shop ! On y vend des kush box, ces contenants pour la beuh, et pleins de jeunes se sont fait arrêter avec les boites inscrit « Tealer » sur l’étiquette. Les flics ont alors cru qu’on les vendait pleines ! C’est un super packaging pour nos produits de les vendre vides. C’est un bon outil de promo, la marque circule ! C’est un goodies sympa qui nous représente bien.

C.C : Est-ce que tu pourrais résumer votre accroche, votre concept ?

J.T : On travaille sur l’affectif avec les gens dans la vente du produit final et dans notre com’. On veut faire ce qui nous plaît, le reste on ne le fait pas. Je ne cherche pas des idées qui ne me plaisent pas pour faire des sous. Environ 90% des sapes que je sors sont des choses que je pourrais mettre et que j’aime. Puis j’adore par-dessus tout le détournement, la seconde main, retourner le message. Encore plus cool que l’original !

C.C : En dehors de tes marques et du détournement, quelles sont tes passions ?

J.T : Mon vrai hobby, c’est la musique. Avec Tealer Records, je continue à mixer et je fais un peu de prod’ mais moins ces derniers temps. Pendant quatre ans je jouais toutes les semaines mais aujourd’hui ma copine est enceinte alors j’attends d’avoir un vrai projet pour aller mixer dans des soirées, même si je continue pour mes potes. Si j’ai une heure devant moi, je vais sur les blogs de mode où j’écoute de la musique. Niveau sortie, là où tu peux le plus me trouver c’est Chez Bouboule*, un bar à pétanque dans le 9e arrondissement de Paris, où un de mes potes est responsable. Sinon à la Concrete**.

C.C : Tu trouves quand même le temps de faire des afters ?

J.T : Ahhaah j’avais un culte de l’after ! J’ai même créé un groupe privé sur Facebook « After de qualité » où on échangeait nos blagues d’after.
De plus j’entends beaucoup de mal sur la Concrete (drogués, trop jeune) et je ne suis pas du tout d’accord, le son est super, la programmation originale. Avant la Concrete, on disait que Paris était mort, qu’il fallait aller à Berlin, à Londres… Aujourd’hui, la Concrete a l’autorisation d’ouvrir 24h d’affilées et même s’ils ne sont plus les seuls, nous n’avons plus rien à envier aux autres capitales européennes grâce à eux. Ce sont devenus des potes, on bosse avec eux, notamment Pete.

C.C : Malgré le fait que j’ai pas mal bourlingué, je n’ai jamais été à la Concrete mais c’est certain qu’ils ont apporté quelque chose qui manquait à Paris. Et la journée, où vas-tu ?

J.T : J’adore marcher, du côté de Barbès et les Abbesses, dans le coin où j’habite. Il y a de tout, tout le temps, je m’y sens en sécurité… On dit que c’est mal fréquenté, mais je trouve que c’est le meilleur quartier, je n’ai même pas besoin d’accrocher mon scoot car les gars surveillent en bas des immeubles !

C.C : Et peux-tu nous donner une phrase qui serait ta devise ?

J.T : Ne rien lâcher ! Si tu crois en toi, il faut aller jusqu’au bout ! Juste avant Tealer, je faisais de l’éveil musical pour des enfants autistes. Ça peut être une vocation pour certains mais pour moi c’était de l’alimentaire. J’étais fonctionnaire, dans une routine avec des gens qui avaient prévu leur vie sur 30 ans ! Mais je me disais pendant cette période que la roue allait tourner, et que le meilleur restait à venir. J’ai eu raison. Persévérance ! C’est exactement pareil avec la Sexion d’Assaut, ils avaient de l’ambition et leur rêve de devenir numéro 1 s’est réalisé parce qu’ils y croyaient. Gim’s était vraiment motivé, sûr de réussir et ce qu’il avait prévu s’est passé.

C.C : Comme on dit : « Autant viser la lune, et atterrir dans les étoiles ! »

 J.T : Toujours croire en soi et viser haut ! Aucun regret, rien à perdre, tout à y gagner.

*Chez Bouboule : 0 avenue Trudaine 75009.

** Concrete : Port de la Râpée, 75012.

Merci à Jeff Tealer pour cette interview.
Photos et propos recueillis par Cédric Canezza,
Retranscription écrite par Diana Saliba.