DIEM – Comédienne, chanteuse


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Peut-être l’avez vous déjà repérée. Cette artiste aux multiples talents s’est déjà faite remarquer dans l’émission The Voice 4eme saison.

Elle joue aussi un rôle récurrent actuellement dans la série Française la plus regardée du moment : Plus Belle La Vie. Bientôt dans une comédie au cinéma, elle nous parle de son parcours à travers cette rencontre pour SHARPS. Car derrière cette jeune femme au physique flatteur se cache tout un pan d’une culture se voulant très traditionnelle. Ainsi, malgré une enfance sage et studieuse, elle a su s’élever vers un secteur qui était loin de lui être acquis. Il était enfin temps pour elle d’envoyer valser les clichés récurrents sur sa communauté peu connue et appréciée.

– Qui es tu ?

(rires) C’est une excellente question. En effet, qui suis-je ? Ce n’est vraiment pas évident.

– Pour commencer nom, prénom, âge, profession ?

Alors je m’appelle Diem (Nguyen, mais ça on s’en doutait (rires)). J’ai 28 ans, et je viens de Paris, de parents Vietnamiens. Je fais partie de la première génération à être née en France.

– Que voulais-tu faire depuis que tu es toute petite ?

Comme beaucoup de petites filles je voulais être vétérinaire. Vers l’adolescence j’ai voulu devenir comédienne et ensuite chanteuse.

– Comment et quel a été ton parcours scolaire ?

Toute petite, j’ai toujours été première de ma classe par obligation. J’avais des parents qui ne laissaient rien passer. Ensuite, au collège j’ai fait le Conservatoire de Versailles en piano. J’étais en horaires aménagés ce qui veut dire que le matin, j’allais en cours, et l’après-midi j’allais au conservatoire. Cela représente une éducation très stricte et j’avais souvent mes parents sur le dos. C’est assez important car la manière dont j’ai été éduquée s’exprime aujourd’hui par une certaine rigueur de vie que je continue à appliquer. Pas forcément pour obtenir un résultat spécifique, mais cela explique surtout la manière dont j’attaque les choses.

A 14 ans je rentre au cours Florent…

– À 14 ans ?

Oui, car ils ont une classe spécialement pour les plus jeunes. Du coup, j’y suis restée 3 ans. Période que j’ai adorée ! C’était vraiment ce que je voulais faire. J’avais trouvé ma voie. Pour une fois, c’est moi qui l’avais choisie sans être guidée par mes parents.

– Ils ont été forcé de te suivre ou bien ils t’ont accompagnée sans trop rechigner ?

Un peu des deux. L’éducation asiatique est vraiment stricte. Il y a un élitisme chez eux qui est très présent dans la transmission des valeurs traditionnelles.

– On parle de « mère Tigre » pour une mère qui pousse l’éducation de son enfant à l’extrême, et qui lui impose un rythme de vie proche de l’étouffement.

Je dirais plus une « mère dragon »! (rires) Pardon pour ma mère. Je ne lui en veux pas du tout, au contraire. Pour mes parents, j’étais vraiment destinée à devenir médecin ou ingénieure en informatique. Le côté artistique chez les Asiatiques, on n’y croit pas du tout. Mais pour une fois je pouvais m’exprimer avec mes tripes dans un cours. Alors mes parents ont un peu désenchanté au début, mais ils ont vu leur fille s’épanouir et cela les a rassuré quant à mon avenir.

– Après le cours Florent, que s’est-il passé pour toi ?

Je suis arrivée dans un lycée un peu élitiste, le Lycée Hoche, poussée par mes parents et ils voulaient que j’intègre une grande école par la suite. Mais j’avais toujours en tête le théâtre, malgré le fait que les études étaient très prenantes. Alors j’ai mis de côté ce qui me tenait le plus à cœur, et j’ai fait plaisir à mes parents; le résultat étant trop important pour eux.

– Ensuite, au moment où s’arrête tes études, qu’as-tu fais ?

J’avais toujours voulu faire une école de cinéma à Los Angeles, mais n’ayant pas assez d’argent, je suis restée à Paris. J’ai donc débuté des études de management, mais je ne me sentais pas dans mon élément. Alors j’ai continué à passer quelques castings, mais dans le cinéma français, on ne peut pas dire que les rôles pour Asiatiques soient vraiment intéressants ! À part des rôles dans un salon de manucure, de serveuse ou de prostituée à Belleville, il n’y avait pas grand-chose d’autre qu’on me proposait. Je me suis donc retournée vers la musique, car au moins j’étais beaucoup plus indépendante grâce au processus de création qui ne dépend pas d’une demande directe. Lorsque tu crées, tu es le seul décisionnaire de tes œuvres, tu n’attends pas l’aval d’une tierce personne pour avoir quelque chose à faire.

Et puis, j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes…

– Quelles ont donc été pour toi les rencontres qui ont changé ta vie ?

Tout d’abord Besar Likaj, qui est mon compositeur, mon binôme. J’ai aussi rencontré Sébastien Fouster. Tous les deux sont mes associés. On a créé ensemble un EP dans le cadre de mon projet solo, qui n’est pas encore sorti, où on a tout fait nous-même. Et puis récemment, on a fait un album, « Urban Pop » pour Universal Publishing. C’est une librairie musicale pour les productions de film, de pub ou d’émission télé qui ont besoin de musique d’habillage.

– Raconte-nous un peu ton aventure The Voice !

C’était génial ! Une chance exceptionnelle. Je suis très reconnaissante envers je ne sais qui d’avoir mis cette expérience sur mon chemin. C’est une petite partie de ma vie et de mon projet de carrière. Avec le recul, cela n’a pas changé grand chose.

– Peux-tu nous dire ce que tu as en plus que les autres ?

Je ne sais si c’est quelque chose en plus, mais plutôt quelque chose de différent. Ma musique est inspirée des sons urbains, pop, et classiques. Par exemple, je rappe souvent sur mes chansons, de la manière du rap d’aujourd’hui et non de celui des précurseurs.

– Justement, pour être rapeuse, est-il difficile d’être crédible lorsqu’on ne vient pas du ghetto ?

C’est vrai que je ne viens pas de la rue, mais je pense que la musique se démocratise. Dorénavant la musique voyage d’un milieu social à un autre et tout le monde peut se l’approprier.

– Le rap c’est aussi un cri. Tu n’aurais justement pas envie de dire aux autres que tu n’es pas la petite fille sage qu’on pourrait t’étiqueter ?

Carrément, par contre je ne m’exprime pas de la façon crue qu’on peut trouver dans la majorité des textes. J’ai ma propre manière…

– Qu’as-tu envie de montrer à ton public ?

Je n’ai pas forcément envie de montrer quelque chose. J’ai simplement envie de m’amuser. J’ai plein de facettes différentes et j’ai envie de les exploiter.

J’attends d’avoir un peu plus de crédibilité dans le milieu pour m’occuper de mes chemins de croix. Il faut d’abord que je me construise en tant qu’artiste aux yeux des gens.

– Parles nous donc de ton actualité.

Alors en ce moment je suis dans Plus Belle la Vie…

– Pour un rôle récurrent ? Tu ne risques pas de mourir à la fin de la semaine ?

(rires) Non, pas pour le moment. Je fais encore quelques épisodes, après on verra. Et je serai prochainement au cinéma dans « Le Flic de Belleville », de Rachid Bouchareb, avec Omar Sy. Niveau musical, j’ai sorti un clip « Here You Gun », disponible sur Youtube, et je travaille actuellement sur le deuxième épisode de mon clip qu’on va tourner très bientôt.

– As-tu des modèles, des influenceurs ?

Niveau musique j’ai été bercée par le classique, du Mozart, Chopin, Liszt par exemple. Ensuite pour la force de travail, il y a Beyonce qui m’inspire énormément. A l’heure où j’ai découvert le hip-hop, j’écoutais beaucoup Missy Eliott, Snoop Dog…

– Quel recul as-tu sur toi lorsque tu travailles avec les autres ?

Je pense être plutôt avenante mais on m’appelle Didictateur (rires)…! Ce qui est parfois dommage. Je pense que quand tu es une femme et que tu dis les choses sans détours, c’est souvent assez mal pris; alors que quand tu es un homme on dit que tu sais ce que tu veux, que t’es le boss ! Quand t’es une femme, t’es une bitch. Ce serait bien que les pensées évoluent.

– Après t’être autant investi dans le travail, quels sont les moyens que tu utilises pour te détendre ?

Je suis fan de sport! Je m’intéresse beaucoup aux sports de combats…et à la musculation (rires). C’est un peu improbable pour la musculation, je n’aurais jamais imaginé en faire un jour, mais j’y trouve mon compte dans le mental. C’est un combat avec soi-même de repousser sans cesse ses limites.

Et sinon ma grande passion c’est manger, donc je me fais des petites balades dans Paris, et je m’arrête dans les pâtisseries pour y manger des gâteaux ! J’adore les buffets à volonté aussi (rires). Avant, j’allais dans le 12ème dans un buffet à volonté japonais où je pouvais me faire 30 brochettes boeuf-fromage ainsi qu’une trentaine de sushis. Mais bon quand je sortais de là, j’étais hyper mal. À ne pas refaire !

Merci à Diem pour cette interview.
Photos et propos recueillis par Cédric Canezza, Make up : Juliette Veljovic.
Retranscription écrite assistée par Diana Saliba.