BAPTISTE CLINET – Executive creative director chez Herezie


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Baptiste a été élu en 2013 « meilleur créatif du monde de moins de 30 ans » aux Young Guns Awards, cumule à lui seul plus de 130 prix dans la publicité dont 32 Lions à Cannes (dont 8 d’Or). Derrière son discours, on sent que tout ne fut pas si simple et c’est en persévérant qu’il a su tirer son épingle du jeu. Il semblait donc pertinent d’essayer de comprendre qui était ce personnage, venant d’un milieu où il est difficile de faire sa place. C’est en tout humilité qu’il nous tint ces quelques réponses.

– Quel est ton parcours ?

Je n’étais pas destiné à faire de la création, surtout que j’ai commencé en tant que Concepteur-rédacteur. Avec 4 à l’écrit au Bac en Français, une énorme dyslexie et une orthographe qui me rend quasi illisible je partais plutôt en retard. J’ai toujours aimé les challenges et surement le besoin de prouver des choses. Bref pour résumer, école de com (ISCOM) puis départ dans le monde du travail à 21 ans, 3 ans chez Fred&Farid et 7 chez Ogilvy dont 2 au poste de directeur de la création, une petite année en agence Social chez Darewin puis maintenant dans le groupe indépendant Herezie.

– Que voulais tu faire étant petit ?

Pour des raisons diverses je n’ai jamais voulu faire un métier en particulier, mais je voulais être le meilleur du monde en quelque chose. Avec un peu de maturité, assez récente, j’ai laissé de coté cet objectif complètement éphémère mais c’est cette envie qui a drivée ma vie depuis ma tendre enfance. Ça a été un moteur utile qui m’a permis d’atteindre des objectifs que je n’aurais pas pensé possible, mais c’est aussi destructeur pour ceux qui t’entourent… On devient vite égoïste quand son seul objectif est de faire mieux que les autres. Avec du recul ce que je voulais faire étant petit c’est quelque chose dans lequel je me sens bien et que j’aime faire, et j’ai trouvé.

– Présente nous ton ou tes tafs ?

Déjà une chose importante, je fais un métier qui se pratique en équipe. Aucun de mes travaux n’est le fruit de mon seul cerveau et encore moins de mes mains. Je ne suis pas un artiste. Mon métier c’est de trouver des réponses les plus créatives possible à des problématiques de marques. Une des campagnes dont je suis le plus fier est surement une campagne que nous avons faite pour Coca-Cola. Deux mains qui créent la forme de la bouteille iconique pour les 100 ans de celle ci. Pas de produit, pas de logo, rien. Juste une forme qui appartient tellement à l’inconscient collectif qu’elle est visible sans être là.
Et ce travail je l’ai fait avec mon équipier de l’époque Nicolas et des collègues très talentueux comme Julien Riccardo, Antoine et Jeremy.

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– Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ce métier ?

Aucune idée, surement l’esprit de contradiction, le besoin de m’exprimer et de faire un métier créatif. Et au fur à mesure le sentiment de savoir le faire et de pas être trop mauvais en le faisant. C’est un métier passionnant si on le fait pour les bonnes raisons. Je déteste cette expression mais c’est un métier « passion ». Si tu n’adores pas ce que tu fais, tu n’as absolument aucune chance de réussir. Ce qui par contre me pousse à rester dans ce métier c’est sa capacité à se réinventer. Les projets, les idées, les gens, les marques, rien n’est jamais identique et les solutions sont infinies.

– Des modèles ou influenceurs ? Dans le métier ou dans ta vie de tous les jours ?

Oui sans aucun doute des dizaines, des influenceurs absolument tous les gens avec qui je travaille ou j’ai travaillé, ils m’ont tous appris beaucoup de choses, plus que je leur en ai appris. Confronter les visions, ne pas être d’accord, se disputer dans un resto le soir sur la vision du futur de notre métier ou des agences, c’est cela qui m’influence et m’inspire. Après dans mes vrais « mentors » professionnels sans aucun doute, Chris Garbutt et Fred&Farid. Dans la vie de tous les jours je n’ai pas de modèle, je ne crois plus au conformisme des schémas de vie dans lesquels beaucoup d’entre nous essaye de rentrer. Je me réjouis d’essayer avec mes forces et mes faiblesses, d’être un bon modèle pour mes enfants, en assumant tout simplement qui je suis, sans essayer de ressembler à un autre. J’ai un long chemin à faire avant d’être le modèle que je me projette, mais comme tout le monde je crois.

– Une journée type ?

Arriver tôt, avant 9h, cafés, mails, réunions, regarder ce qui se fait dans tous les domaines, réunion, présentation client, dej, cafés, rencontrer une team qui a du talent, si possible plus que moi, et avec qui j’aimerai travailler, du facebook, de l’instagram. Je parle beaucoup trop, j’envoie plus de 20 messages Facebook par jours à certaines personnes, et le plus mignon c’est que certain essaie de me répondre à chaque fois. Je ne finis pas trop tard, je ne crois pas que le temps passé est égal à la qualité. 20h à la maison.

– Comment te comportes tu lorsque tu travailles ?

Là-dessus, en grandissant j’ai pas mal changé, je suis assez calme aujourd’hui, ce qui n’a pas toujours été le cas. J’avais l’impression que pour se faire respecter il fallait être celui qui parle le plus fort. Évidemment c’était une énorme erreur. J’ai atteins des postes très haut très tôt, voire trop tôt. Être bon dans son boulot ne fait pas de soi forcement un bon manager. J’ai fait beaucoup d’erreurs, qui m’ont énormément appris. Aujourd’hui je pense être beaucoup plus apaisé, juste et droit. Je m’entoure de gens plus talentueux que moi et j’essaie simplement de les aider à faire encore mieux. Quand ce n’est pas bien je le dis, quand c’est bien je le dis, et dans tous les cas je prends le temps d’expliquer pourquoi.

– Quelle est ton actualité ?

Mon actualité change tous les jours. Chez Herezie en ce moment, je travaille avec Andrea Stillacci, un des patrons d’agence les plus talentueux de France. Mon objectif est de faire du groupe qu’il a créé un des plus créatifs en France et dans le monde. Donc doucement nous poussons nos marques à faire mieux, nous construisons, c’est un marathon qui se court à la vitesse d’un 100m, mais j’adore ça.

– Un conseil pour ceux qui veulent faire la même chose ?

Travailler dur, être curieux, être ouvert, ne pas avoir trop d’ego, mais un peu quand même, travailler dur et travailler dur, et je sais pas si je l’ai dis mais c’est un métier où il faut avoir envie de travailler dur. Par contre une chose que j’ai apprise récemment, il faut travailler dur (oui), mais se rappeler que ce n’est qu’un travail. Ceux qui réussissent longtemps sont ceux qui trouvent un équilibre dans leur vie.

– Quand tu veux te détendre quel est ton endroit préféré ?

Pour me détendre j’aime prendre des cafés ici et là, pas de bar ou de restaurant où je suis un habitué, on ne m’a jamais accueilli en disant « bonjour Mr Clinet » nul part et ça me va très bien. Mon endroit préféré est là où il y a mes gens préférés.

– Les « belles personnes » autour de toi ?

J’ai la chance d’en avoir quelques une, pas beaucoup, mais la quantité ne fait pas la qualité. Ma famille évidemment et surtout je valorise les gens avec qui j’ai des conversations honnêtes. Paris et le monde de la pub sont parfois assez faux alors je prends le temps, de plus en plus, de m’entourer de gens qui sont de vrais amis. Je ne vais pas les nommer mais les belles personnes qui m’entourent savent sans le moindre doute qui elles sont.

– Une phrase que tu répètes tout le temps et qui pourrait te définir ?

Pour mon métier, je n’en ai pas vraiment. Et je ne crois pas qu’une phrase puisse définir quelqu’un. J’aime néanmoins beaucoup cette phrase qui est plus cool en anglais : « Great things never come from comfort zones ». Dans la vie il ne faut pas avoir peur, il faut faire les choix pour des raisons qui dépassent la raison justement, ne pas tout trop intellectualiser. Il faut essayer sans cesse de nouvelles choses, il faut beaucoup échouer, il faut beaucoup recommencer. Et puis en vrai, au final, la vie est bien faite.

Pour voir son travail :

www.baptisteclinet.com