AURORE DONGUY – Fondatrice de Aurore Donguy, une nouvelle agence de style


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– Qui es tu ?
Je m’appelle Aurore Donguy. J’ai une boite de conseils en image qui s’appelle Aurore Donguy Eurl. Cela va faire huit ans que j’existe.

– D’où viens tu ?
Je viens de Lille. J’ai ensuite évolué un peu dans le sud, puis à San Francisco, avant d’ouvrir ma société à Paris.

– Que voulais tu faire étant petite ?
Je voulais voyager, voir ce qui se passe dans le monde. Je voulais être hôtesse de l’air.

– Raconte moi ton parcours.
En bref, j’ai fait un Bac S à Sète puis une prépa Arts Appliqués à mon retour à Lille que j’avais quitté à l’âge de treize ans. J’ai fait Arts Appliqués car j’avais besoin d’une base en dessin pour faire une école de mode.

– A quel moment tu as voulu t’engager dans le monde de la mode ?
Quand j’étais dans le Sud, j’avais commencé à piquer et repiquer les fringues de ma mère, faire des trous dedans. Peut-être mon côté rebelle qui se retranscrivait de cette manière. Je voulais être différente, me faire remarquer. J’ai eu ma période trous dans les jeans, je les mettais à l’envers, les épingles à nourrices dans les t-shirts. Cela ne plaisait évidemment pas à ma mère.

– Et au moment où tu as voulu t’investir dans cette direction, elle a plutôt été du genre à te pousser ?
Ma mère oui, mais mes parents étant divorcés, elle était plutôt conciliante, par contre mon père, comme je n’habitais pas avec lui, était beaucoup plus réticent. Il me voyait plus en IUT TECH de CO, un peu plus terre à terre, dans le commercial. A part moi, dans ma famille, personne ne travaillait dans la mode. Il n’y a eu que mon arrière grand mère qui était couturière sur Paris, mais il y a très longtemps.

– C’est quelqu’un qui t’as inspiré ?
Je ne le savais pas en fait. Je l’ai découvert par hasard pendant mes études en faisant des recherches sur le net. Mon père me disait que l’artistique cela lui faisait peur, que les écoles coûtent cher, et qu’il voulait que je travaille dans un domaine moins hasardeux. Donc j’ai commencé à prospecter dans son sens. Je devais commencer un cursus à Montpellier, puis ma mère ne me voyant pas trop satisfaite, m’a alors dit : « fuck it, je paye ton école de mode ! » et je suis rentrée dans une école privée à Lille. Ce n’était pas la meilleure école mais cela m’a motivé. Mon père pendant un an ne m’a presque pas parlé, ce qui m’a donné encore plus l’envie de me défoncer dans le boulot.

Les profs étaient clairement nuls mais cela ne m’a pas empêché de me mettre à fond sur le dossier de fin d’année et de le présenter à la Chambre Syndicale. Pour l’anecdote, en décembre 2003, on part fêter le nouvel an à Marrakech avec ma mère où j’ai eu une grosse crise de foie. Je reste bloquée à l’hôtel pendant que ma mère va visiter le Jardin Majorelle d’Yves Saint Laurent. A son retour elle me dit : « Je viens de rencontrer un couturier, j’ai parlé beaucoup de toi, je ne le connais pas du tout, mais il m’a dit qu’il fallait que tu l’appelles. » Je ne m’excite pas trop, connaissant ma mère qui aime beaucoup parler. Elle me donne la carte de ce monsieur, son nom me dit quelque chose, je vérifie sur Google, et je me rends compte que c’est la carte de Jean Louis Scherrer, grand couturier, un ami de Saint Laurent et Karl Lagerfield pour ne citer qu’eux. Je lui écris, très motivée de travailler avec lui. Superstitieuse, j’embrasse même la lettre comme une petite fille. Puis un mois après, je reçois une lettre manuscrite magnifique, écrite à la plume sur du papier de soie, que j’ai gardé précieusement. Il me dit qu’il me soutient, mais que le domaine de la mode est un milieu très difficile. Pour m’aider, il me propose d’appeler Monsieur Broca de la Chambre Syndicale afin d’appuyer ma candidature.

– Alors qu’il ne te connaissait pas ?
Exactement, on peut dire que c’est de la chance. Je passe un entretien avec monsieur Broca. J’y vais avec le dossier que j’avais préparé à Lille qui, lorsque je le regarde maintenant, n’est vraiment pas fou. Le lendemain il m’appelle pour me dire que je suis prise. Je rentre alors dans ce qui est pour moi la meilleure école de couture, là où tous les grands sont passés. Et ce n’est vraiment pas pour me vanter.

– Ton père commence t’il à se dire que tu es douée pour ça ?
Oui ! Je fais trois ans dans cette école où j’avais vraiment envie de faire mes preuves, que ce soit pour monsieur Scherrer ou bien pour mon père. J’habitais au Monastère de la Visitation chez les Sœurs à Paris dans le XIIIe et je bossais corps et âme. Je n’avais pas le choix, là où je logeais, c’était métro-boulot-dodo. Pas le droit de découcher, les garçons sont interdits. J’y suis restée jusqu’à mes vingt-deux ans.

Mais grâce à ça, mon directeur m’encourageait énormément. Il me mettait chez Dior à chaque stage, aux show-rooms Saint Laurent, me faisait faire des concours en Suisse et avec le Japon. J’étais toujours dans les premières. Puis à la fin de la troisième année, il faut chercher de nouveau un stage afin de continuer en quatrième dans une grande maison de couture. C’est alors que Monsieur Broca me trouve trop immature pour intégrer une grande maison. C’était certainement dû au fait que j’étais trop chouchoutée chez les sœurs… J’ai trouvé cela tellement injuste, que j’ai dit à ma mère que je rentrais à la maison afin d’écrire à toutes les maisons. Ce que j’ai fait pendant un mois non stop. Puis les maisons Hermes et Louis Vuitton m’appellent afin de voir mon dossier.
Monsieur Broca m’appelle ultra étonné car en fait mon dossier avait dépassé celui des élèves de quatrième année. J’avais gagné une année et j’étais passée devant tout le monde. Et je suis allée chez Hermes, au studio Femme dirigé par M. Gauthier.

J’en ai pris plein les yeux, entre toutes ces matières, ces lieux où on travaillait, les rencontres, c‘est une maison presque familiale.

A la fin de cette année, pour me remercier de mon culot monsieur Broca m’offre alors une cinquième année à l’académie d’Arts de San Francisco.

– Peut-être qu’il en avait marre que tu lui piques toutes les places dans les grandes maisons pour ses élèves. (rires)
Peut-être, en tout cas, j’y ai appris l’anglais, la photo, les techniques américaines de montage, c’était vraiment très cool.

Mais c’est surtout là où j’ai commencé à m’intéresser au métier de conseillère en image, car cela se faisait beaucoup aux Etats-Unis.

Je rencontre quelques personnes dont la première assistante de Martin Margiela qui me met le pied à l’étrier. Facebook commence à peine, j’y poste mes travaux, cela ne fonctionne pas trop mal.

Je rentre à Paris en 2009, je montre mes books partout puis j’en profite pour monter un statut d’auto entreprenariat. Là les photographes commencent à m’appeler grâce à mes posts facebook. Ce n’était pas forcément payé mais on commence toujours comme ça dans le métier.

Pour manger, je travaillais le matin en tant que bouchère, au milieu des saucisses et l’après midi j’étais chez Dior en train de participer aux shows room.

Je rencontre alors, par le biais d’autres rencontres, Etienne Jeanson avec qui je monte la Frog Agency.

Puis en 2012 à cause d’un désaccord professionnel, je retourne voir les sœurs et décide de commencer une carrière en solo. Après avoir usé toutes les stagiaires de Paris, j’ai monté ma société au mois de mai de la même année.

– Dis donc, c’est plutôt bien rempli comme parcours…
Oui comme ça tu as toutes les informations (rires)

– On arrive alors au sujet principal : En quoi consiste ton travail ?
En trois grosses parties : La première qui est éditoriale, très créative, très mode ; les photographes m’appellent pour me proposer un brief, un thème. On travaille à partir d’un moodboard. Pour les partenariats on appelle les meilleures marques selon le projet, et le magazine, pour avoir un maximum de crédits et de vêtements créatifs par rapport au mood board. Car évidemment, plus l’édito prend de la valeur, plus c’est intéressant pour le photographe, le magazine et moi même.

La deuxième partie : les lookbooks, les campagnes pub. Avec les marques comme client. Donc c’est soit un shoot en mitraillette de toute une collection sur fond blanc, soit il faut créer tout un univers où il faut s’adapter à la marque. L’objectif reste le même, il faut mettre en valeur le produit du client, en apportant une valeur ajoutée, et sans copier ce qui a déjà été fait.

Troisième partie : Plutôt axée musique. Les maisons de disques m’appellent afin de changer le look d’un de leurs artistes. Soit il est nouveau, il faut alors lui créer une image qui lui colle à la peau, pour être un bon produit marketing. Que les jeunes s’identifient à lui par exemple. Ou alors, ce sont des gens qui existent depuis très longtemps et on me demande de changer leur image car elle est devenue trop désuète.

– Tu as des noms ?
Oui dernièrement je me suis occupée de l’image de Shym, Amir ou encore Pascal Obispo. Bon j’avoue que parfois ce n’est pas mon style musical, mais pour moi savoir s’adapter est un challenge. Par exemple, pour parler de mon actu, en ce moment je m’occupe de Jeff Panacloc.

– Et tu sais pourquoi ils viennent te voir toi et pas une autre conseillère en image ?
Je pense sans me vanter avoir beaucoup d’empathie et de sensibilité. J’arrive à répondre très vite à une demande. Aujourd’hui je travaille sur 5 ou 6 projets, sans cela je ne m’en sortirais pas sinon.

– Quel est ton look phare ?
Si j’avais quelqu’un à qui je voudrais ressembler, ce serait Victoria Beckham. Ok, elle paraît artificielle et tout ce que tu veux. Mais elle a un côté glamour, une prestance qui me séduit totalement.

– A l’opposé, les pires fautes de goûts ?
Ah et bien toutes les filles de télé réalité. C’est tellement de mauvais goût, tellement pas mon truc. D’ailleurs parfois je les regarde car cela me fait du bien de déconnecter de mon travail et grâce à elles mon cerveau se met en pause. J’en profite alors pour faire mon administration.

Site internet : http://auroredonguy.com/